Tout compte fait...
Par Issa GORAIEB
Cette épouvantable guerre, les Libanais – peuple et gouvernement -- ne
l’ont jamais voulue. Détail malheureusement superflu, dira-t-on,
puisque les protagonistes, tout comme leurs sponsors, ne se sont jamais
souciés de prendre leur avis. Il le faudra bien pourtant, si cette
guerre du fait accompli doit véritablement être la dernière. Car si les
puissances ont le terrifiant pouvoir de faire éclater des guerres où
bon leur semble, elles ne peuvent instaurer la paix sans l’adhésion
active et responsable des peuples concernés. Du fond de nos malheurs,
c’est cette chance de participer activement, pour le moins, à la
détermination de notre destin qu’il va nous falloir à tout prix saisir.
Quand s’essoufflent les combattants et que murmurent ou
grondent les populations, les chefs politiques sont bien obligés de
remettre les pieds sur terre, de revoir à la baisse leurs objectifs :
de rechercher sérieusement une issue honorable, tant il est important
sous ces latitudes, en effet, de sauver la face. D’un côté comme de
l’autre, c’est bien ce qui commence à se produire en ce moment. Pour
Israël, il n’est plus question d’annihiler le Hezbollah ou même de le
désarmer par la force, mais seulement de supprimer la menace de ces
missiles qui affolent sa population et paralysent son activité
économique. Pour la première fois d’aussi évidente manière, il s’avère
ainsi que ce n’est pas d’un classique ventre mou mais d’un dos fragile
que souffre cet État surarmé qui s’est toujours arrangé pour porter la
guerre sur le sol d’autrui. Elle se poursuit quand même la guerre ?
Certes, mais c’est seulement désormais, avouent les généraux, pour
marquer des points : pour renforcer la position des négociateurs qui,
hier encore pourtant, excluaient toute négociation.
Le
Hezbollah, de son côté, a incontestablement fait ses preuves en matière
de détermination et d’efficacité, notamment dans les violents combats
terrestres qui se déroulent à la frontière. Sur l’impitoyable balance
des intérêts nationaux cependant, tout l’héroïsme du monde ne fera
jamais le poids face aux terribles pertes infligées au pays tout
entier. Par leur sauvagerie même, les bombardements israéliens – une
violation du droit humanitaire, selon l’adjoint du secrétaire de l’ONU
Jan Egeland – ont paradoxalement mis la résistance islamique à l’abri
de toute contestation publique. Mais quand retombera la poussière de la
bataille et que l’heure sera aux bilans, Hassan Nasrallah sait bien
qu’il lui faudra bien davantage qu’un brillant palmarès d’honneur pour
affronter l’opinion publique : davantage même qu’un simple échange de
prisonniers.
Là réside d’ailleurs un second paradoxe, celui
de ce parti devenu un État dans l’État, mais qui, en capturant deux
soldats israéliens le 12 juillet, aura lui-même enclenché un processus
devant inéluctablement conduire à ce qu’il avait toujours réussi à
empêcher : son désarmement, devenu une affaire de temps et de mécanisme
d’application, même par étapes. Ce qui est actuellement négocié en
effet, ouvertement ou dans les coulisses, ce qui sera arrêté demain à
la conférence internationale de Rome, ce n’est plus un nouvel et énième
arrangement, mais la pacification définitive de la région frontalière ;
c’est la remise en vigueur de l’armistice de 1949, de l’accord de Taëf
et de la résolution 1559 de l’ONU sous la double surveillance de
l’armée libanaise et d’une force internationale dotée cette fois de
solides moyens de dissuasion et de coercition : le tout idéalement
assorti, il n’est pas interdit de l’espérer, d’une récupération des
fermes de Chebaa.
Reste à espérer surtout que l’unique
superpuissance américaine sait où elle va, et de quelle manière elle y
va. Pour la première fois depuis le début de cette guerre, Condoleezza
Rice, qui a brièvement séjourné à Beyrouth hier, a souligné l’urgence
d’un cessez-le-feu à condition toutefois qu’il soit viable. Et pour
qu’il soit viable, il est clair que la coopération de l’Iran et de la
Syrie va être indispensable. Grands absents à Rome, bien présents au
Liban, par la grâce des chars d’Israël.
Issa GORAIEB
Randa |
19 h 05 |
Rubrique : Pauvre Liban !
|
Répondre à cet article