L'année 2005 célèbrera le trentenaire de la guerre civile au Liban.
Cette guerre civile qui a duré 15 ans, a été suivie d'un immobilisme économique pour toute action en faveur du Liban. La corruption entraînant une augmentation vertigineuse de la dette publique (malgré les aides européennes votées lors des congrès Paris 1 et 2) a laissé un pays exsangue, anéanti et isolé du reste du monde.
Un grand événement a marqué l'année 2004 : c'est la prise de conscience (enfin il était temps !) de la communauté internationale de la nécessité au liban de retrouver sa souveraineté conformément à l'application de la résolution 1559 dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps dont les lignes principales sont :
1- L'indépendance du pays,
2- Le retrait de toutes les troupes étrangères du Liban dont l'armée syrienne,
3- Le désarmement de toutes les milices dont le Hezbollah.
Cependant que l'Etat libanais accuse les pays occidentaux d'ingérence dans les affaires du pays et considère que personne n'a le droit de se mêler des liens qui unissent le Liban à la Syrie, une opposition intérieure se développe et s'affermit de jour en jour. Seront-ce les prémices d'un regain d'indépendance, un sursaut de rébellion contre la main-mise et la tutelle ? 2005 sera-t-elle une année de vraie libération pour le Liban ? et va-t-il retrouver sa position de "phare" d'antant ? Voici ce que nous en dit cet article du journal l'Orient le Jour :
L’année qui s’achève restera marquée sur le plan libanais par la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies. Au-delà de la banalité du chiffre, ce texte de quelques dizaines de lignes possède rien de moins que le pouvoir d’infléchir le destin d’un peuple, d’une terre, d’une nation : le Liban.
Depuis le 2 septembre, date du vote de la résolution, on a beaucoup ergoté sur les capacités des dirigeants libanais et syriens à saisir dans toutes leurs implications les enjeux de la 1559. Engourdis par quinze années de confort d’un système fondé sur une tutelle somme toute paisible et – qui plus est – bénéficiant de l’aval international, les tenants du pouvoir à Damas et Beyrouth n’ont pas senti venir le séisme qui allait dérober le sol sous leurs pieds.
Il est vrai que la résolution 1559 comporte en soi une remarquable innovation dans le flot de la production onusienne, puisque c’est la première fois que le Conseil de sécurité intervient de la sorte en se fondant sur un événement d’apparence interne n’ayant pas été caractérisé par un quelconque usage de la force, à savoir l’amendement constitutionnel qui a ouvert la voie à la prorogation du mandat du président Émile Lahoud. Que la résolution ait précédé (de 24 heures) le vote de l’amendement n’est qu’un signe de plus de la détermination affichée par la communauté internationale.
Pendant quinze ans, le monde entier – et un nombre non négligeable de Libanais – convenait que la pax syriana avait, dans l’ensemble, apporté au Liban ce dont il avait le plus urgemment besoin : la sécurité. Sauf qu’un tel acquis, lorsqu’il est obtenu, finit bien un jour par perdre de son caractère urgent, tant aux yeux des intéressés eux-mêmes – les Libanais – qu’à ceux de la communauté internationale.
D’autre part, force est de reconnaître que cette sécurité tant convoitée a été trop chèrement facturée. Sans même parler d’une dette publique avoisinant les 200 % du PIB, et dont la responsabilité doit être imputée à toute la philosophie politique en vigueur depuis la fin de la guerre, c’est de son âme que le Liban a dû le plus souvent payer sa paix retrouvée.
Enfin, il y a cette arme terrible du chantage à l’insécurité dont la tutelle syrienne s’est servie et continue de se servir pour perpétuer son existence.
Mais, quelle que soit leur importance, toutes ces causes conjugées n’auraient pas suffi pour amener la communauté internationale à décider aussi brutalement de retirer sa bénédiction à la présence syrienne au Liban. Il a fallu donc que de puissants facteurs externes interviennent pour que s’opère cette révolution.
On ne cherchera pas longtemps. C’est bien dans les événements du 11 septembre 2001 que ces facteurs trouvent leur origine. On sait que, depuis cette date, les États-Unis sont attelés à la gigantesque tâche de repenser (refonder ?) notre Orient « compliqué ». On peut naturellement discuter de la validité ou non de telle ou telle action décidée par l’Administration Bush dans la région et de l’adresse avec laquelle elle est menée, le cap fondamental n’en demeure pas moins clair et tient en trois mots : pacifier le monde musulman.
Démocratie importée, néocolonialisme ou partenariat avancé ? La querelle est engagée sur la nature de ce grand œuvre et est le plus souvent stérile. Quelles que soient les intentions et les arrière-pensées des uns et des autres, il faudra bien qu’un jour l’Orient soit effectivement pacifié.
Aux yeux du monde – et donc des décideurs américains –, ce nouveau contexte régional éclaire d’un jour différent l’expérience libanaise, si modeste qu’elle soit. Car, jusqu’ici, dans son infinie petitesse et sa notoire imperfection, elle n’en constitue pas moins l’exemple unique dans la région et au-delà d’un partage du pouvoir institutionnalisé entre diverses communautés.
Qui dit exemple, dit modèle. Dès lors, comment concevoir qu’un État modèle soit placé de façon perpétuelle sous la tutelle d’un autre qui, précisément, ne l’est pas ?
Pour les partisans d’un « Liban-message », d’un « Liban-phare », la 1559 devrait donc apporter de l’espoir. Mais il ne faut pas s’y tromper, la transition risque d’être douloureuse. Pour être un modèle, il y a aussi un prix à payer. De là, les craintes légitimes chez de nombreux Libanais, y compris au sein de l’opposition plurielle, à l’égard des conséquences immédiates d’une internationalisation du dossier.
Mais se prononcer pour ou contre la 1559, c’est comme prendre position pour ou contre la météo. Tout au plus une grande puissance a-t-elle les moyens d’ignorer – pendant un certain temps – une résolution internationale. Ni la Syrie ni a fortiori le Liban n’entrent dans cette catégorie.
Depuis le 2 septembre, un seul mot qualifie la politique suivie par Damas et Beyrouth vis-à-vis de la 1559 : embarras. Un jour, on proclame son respect à l’égard des résolutions de l’Onu, un autre, on mobilise des manifestants pour les contrer. Le troisième, on annonce que les prochaines législatives constitueront un référendum sur la question et le suivant, on redéploie des soldats ou des agents syriens.
Tout cela se déroule alors même que le processus d’application du texte onusien se met inexorablement en place, le dernier acte en date ayant été la prise en charge officielle du dossier (à partir du 3 janvier) par une vieille connaissance, Terjé Roed-Larsen.
Pendant ce temps, la diplomatie libanaise, déjà atteinte d’inertie depuis des lustres, se plaît à explorer de nouvelles profondeurs spéléologiques : on n’assiste pratiquement plus à des conférences internationales, ou alors à des niveaux si inférieurs que cela en devient de la provocation.
En cette fin d’année, le « Liban-phare » est un modèle... d’isolement.
Élie FAYAD pour l'Orient le Jour