La revendication de l’assassinat de Rafic Hariri par le «Groupe de la Victoire et du
Jihad en Syrie» (par Syrie, les islamistes entendent la Syrie actuelle,
le
Liban et la Palestine) n’a convaincu personne.
Pour les libanais, du moins le million qui a envahi les rues de Beyrouth lors de ses funérailles hier, la Syrie et les autorités libanaises sont responsables de la mort de l'ancien premier ministre.
Pour Barah Mikaïl, chercheur sur le Moyen-Orient auprès de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), l'assassinat de Rafic Hariri est un signal envoyé à la fois à l'opposition libanaise et aux milieux économiques. La responsabilité de la Syrie étant "trop évidente" à ses yeux, il privilégie soit la piste israélienne soit la piste islamiste.
Même si l'on veut croire que la Syrie ne peut pas avoir organisé cet attentat sachant qu'elle serait pointée du doigt par l'opposition libanaise et par la communauté internationale, la piste du Mossad paraît légère. Avec Rafic Hariri élu aux élections législatives au printemps, l'opposition libanaise ne pouvait que triompher avec comme conséquence le départ des troupes syriennes et le désarmement du Hezbollah libanais, l'ennemi d'Israël.
Ceci nous mène à prendre la piste islamique plus au sérieux mais dans une explication plus logique que celle formulée par le «Groupe de la Victoire et du
Jihad en Syrie» : La victoire de Hariri est une victoire sunnite, avec des alliés maronites et druzes (en majorité dans l'opposition). Le chiisme appuyé par l'Iran et représenté en grande partie par le Hezbollah au Liban serait au rebus. A ce jour, aucun leader chiite n'a osé affronter la Syrie.
D'où la conclusion qui s'impose : avec ses 14.000 soldats qui demeurent mobilisés au Liban pour assurer la sécurité du pays, et ses agents SS qui fouinent partout, la Syrie aurait dû contrecarrer les projets meurtriers contre Marwan Hamadé, député druze blessé grièvement mais échappé par miracle il y a quelques mois, et Rafic Hariri assassiné sauvagement Lundi 14 Février. A ce reproche, elle ne trouve rien de mieux pour sa défense que cette incroyable assertion, émise par son ministre de l’Information d’où il ressort que Hariri est finalement mort parce que du fait des derniers redéploiements, il ne reste plus assez de troupes syriennes au Liban pour y garantir le calme !
Si la Syrie n'est pas l'auteur de l'attentat, elle était au courant et a laissé faire, voire soutenu. Rien ne peut passer inaperçu aux agents SS. Cet assassinat la sert car il ne lui restait plus qu'une dernière carte : déclencher une nouvelle guerre civile au Liban pour légitimer sa tutelle.