Coups de coeur, coups de gueule

Méli mélo d'idées et de réflexions

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Dimanche 29 Juillet 2007.

Pourquoi ?


Oui, pourquoi a-t-on l’impression de n’avoir rien à dire quand on n’a pas de catastrophe à annoncer ?
Quelle

Randa | 08 h 01 | Rubrique : Actualités

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Samedi 09 Septembre 2006.

De rage, j’en ai pleuré......

1 187 Morts
4 092 Blessés
974 184 Déplacés
255 986 Réfugiés actuels

Quinze milliards de dollars en pertes directes et indirectes,
130 000 habitations détruites ou endommagées,
630 kilomètres de routes rayées de la carte,
145 ponts et bretelles démolis,
900 usines et commerces éliminés…

1187 personnes qui ne pourront plus témoigner de la catastrophe. Pour la simple raison qu’ils ont perdu la vie dans une guerre qui aurait pu ne pas avoir lieu si les calculs des stratèges autoproclamés n’avaient pas été erronés !

Deuil et malheur pour des milliers d'enfants et de familles,
15 années de régression pour le pays,
chômage et banqueroute,
départ définitif de nombreuses familles du Liban,
et que dire du choc subi par la population, les enfants en particulier, pourront-ils effacer de leurs mémoires les atrocités vécues ?

Voilà le cadeau empoisonné que la Résistance a offert aux libanais.

De rage, j’en ai pleuré......


1/ Depuis le retrait israélien le Hezbollah s’est armé massivement
(8000 hommes et 30 000 réservistes) et a positionné 12.000 missiles vers Israël.

Il contrôle 25% du territoire national.
Près de 400 000 personnes sur 4 millions vivent sous sa coupe.
Il prélève ses propres impôts.
Il dirige ses propres écoles, dont le cursus élaboré en Iran est enseigné dans toutes les classes.
Il gère des cliniques, des hôpitaux, des réseaux d’aides sociales.
Il entretient plusieurs ambassades officieuses : celle de Téhéran est la plus importante et dispose d’un personnel plus nombreux que celui de l’ambassade du Liban elle-même.
Le parti a son propre système judiciaire basé sur la "charia" et dirige ses propres forces de police, ses tribunaux et ses prisons.
Le Liban est devenu une extension de l’Iran. Le Hezbollah est financé par les pétrodollars de Téhéran qui provoquent de plus en plus l’incompréhension du peuple iranien, qui estime avoir la priorité.

Le Hezbollah est un Etat dans l’Etat libanais. Il a une tactique de guérilla et une idéologie de mort.

2/ Depuis le retrait israélien il y a six ans, le Hezbollah a plusieurs fois tiré des roquettes sur Israël alors qu’il n’y avait plus de motif d’attaque.

3/ Le 12 Juillet des miliciens du Hezbollah ont pénétré 200 mètres en territoires israéliens et ont enlevé deux réservistes, tué 3 soldats et blessé plusieurs autres dont un grièvement.

4/ Israël ayant assez des provocations, a prétexté l’enlèvement des deux soldats pour lancer l'attaque mais C’EST LE HEZBOLLAH QUI L’A VOULU ET QUI EST DONC FAUTIF.

5/ Le Hezbollah tirait exprès sur la population israélienne (bien avant le 12 Juillet) et ne s’attaquait pas qu’aux militaires.
Israël, bien qu'ayant pris le soin de prévenir la population par tracts ou par des appels téléphoniques la sommant d’évacuer les lieux, était obligé à contre-coeur de tuer des civils parce que les miliciens se cachaient parmi eux à dessein afin que leur mort provoque la contestation du monde.

J'ai lu et entendu des témoignages de libanais ayant fui le Sud qui racontent que le Hezbollah sous la menace se cachait parmi la population d’où il tirait ses roquettes.
D'autres affirment sans détour que le Hezbollah a construit écoles, associations et immeubles au dessus de cache d’armes dans les sous-sols allant même jusqu’à transformer une pièce de la maison en salle de lancement de roquettes :"Leur devise était d’utiliser la population civile comme bouclier humain, et quand ils sont morts, comme propagande. "
C’est à dire :
on se cache parmi la population d’où on attaque Israël.
Lorsqu’ Israël répond en attaquant l’endroit d’où proviennent les missiles, une population innocente est massacrée (école, mosquée, habitation ...) et le monde entier constate les crimes d’Israël.

On pourrait même dire que quand le Hezbollah réussit à tuer des civils israéliens, il considère que c’est un succès. Lorsque les israéliens tuent des civils libanais c’est une tragédie.

6/ Si les médias au Liban ont diffusé les atrocités de la guerre sans aucune retenue sans penser que des enfants et des personnes sensibles peuvent regarder la télé et être choqués par les images effroyables, utilisant ces images pour attiser la haine et la révolte,
du côté israélien il y a eu aussi des victimes : des morts et des blessés.
Peut-on croire que parce que l’on est israélien les cadavres sont moins déchiquetés ?
Tout comme les déplacés du Liban Sud, il y a eu au Nord d’Israël aussi un million de déplacés vers le sud du pays.

7/ Il est vrai, en Israël on a dénombré moins de morts et de blessés.
Est-ce un crime si l’état a construit des abris pour protéger sa population et que les soldats eux ne se cachent pas parmi la population civile pour tirer ?

8/ Le Hezbollah se fait appeler la "Résistance".
Mais résistance à quoi au juste ??? Il n’y a plus de motif de résister si ce n’est pour servir les intérêts de la Syrie en démolissant le Liban, ou les intérêts de l’Iran en détournant l’attention du monde entier de son dossier nucléaire.
“Mal nommer les choses c’est ajouter aux malheurs du monde “ disait Albert Camus.
Résister c’est s’opposer à une action à un mouvement. La résistance permet de se libérer d’une oppression, d’accéder à des revendications par une lutte qui peut utiliser la violence quand il n’y a pas d’autre choix (bien que résister par la non-violence soit à mon avis plus efficace).
En France, la Résistance durant la Seconde Guerre Mondiale n’a jamais pris pour cibles ni femmes, ni vieillards, ni enfants.

9/ Les fameux hameaux de Chebaa, on en a bien la preuve, Bachar Al Assad l’a bien précisé dans son dernier discours, dépendent de la bonne volonté de la Syrie. C’est elle seule qui devrait accepter d’en tracer les frontières avec le Liban.

10/ Si Nasrallah était aussi formidable qu’il veut le faire croire (dans son dernier discours il faisait son mea culpa affirmant que s’il avait su que l’enlèvement de deux soldats israéliens provoquerait toute cette guerre au Liban il ne l’aurait pas fait), il aurait pu demander à ses milices d’arrêter au bout de quelques jours afin d’éviter la catastrophe.
D’ailleurs les fameux prisonniers libanais détenus par Israël puisqu’ils sont toujours vivants auraient été relâchés si nous acceptions comme les autres pays arabes de signer la paix avec Israël. Le prix payé pour les voir libérés (et encore !) n'est-il pas astronomique ?

11/ Ce qui me révolte encore plus c’est comment une milice représentée au gouvernement peut, elle seule, décider du sort d’un pays entier sans aucune consultation avec son gouvernement ?
Ce n’est pas Nasrallah et ses dissidents qui vont faire le jour et la nuit dans mon pays !! Ce n’est pas non plus toute autre milice ! Quand va-t-on comprendre cela ?

12/ Cette guerre malgré les horreurs commises par Israël (je dirai même, n'en déplaise à certains, que le peuple israélien aussi a le droit de se défendre), soutenu par les américains (dont je n’approuve pas du tout la politique surtout celle de Bush et son parti républicain), est le résultat du laxisme de l’Etat libanais qui n’a pas voté à l'unisson pour l’ application de la 1559 stipulant le désarmement de toutes les milices sur le territoire libanais.

13/ Si de nombreux pays arabes ont signé la paix avec Israël et vivent tranquillement sans agression aucune de part et d’autre, pourquoi est-ce que le Liban ne pourrait pas y penser ?

14/ Si tous les pays arabes s’y mettaient et aidaient les palestiniens à constituer leur Etat et vivre en paix avec Israël, la région pourrait prospérer et les habitants y vivre heureux. Il s’agit d’y mettre de la bonne volonté de tous les côtés.

15/ Je pense qu’il est temps de se réveiller et de se dire que vouloir la paix avec Israël n’est pas une honte et tout peuple mérite de vivre.

16/ Quand comprendrons-nous que la violence ne mène qu’à la violence et que seules la tolérance, la compréhension, l’acceptation des autres et surtout la paix peuvent changer le monde ? Les plus grandes révolutions du monde se sont construites sur les négociations et les compromis, les armes n’ont jamais rien résolu.

17/ La politique du Hezbollah tout comme celle de l’Iran et tout comme l’éducation que l’on inculque aux enfants est basée sur la haine d’Israël. Leur chaîne de télévision, leur radio et leur prêche dans les mosquées et toutes les manifestations font la propagande d'Israël en tant que "mal à extraire" et "origine de tous les malheurs".

J’ai consulté beaucoup de blogs d’Israéliens, je n’ai jamais lu dans leurs écrits l’expression de haine envers nous. Bien au contraire, ils voudraient vivre dans un monde sans missiles, sans kidnapping, sans culture de haine, sans fondamentalistes prêcheurs de haines et attiseurs de guerre. Un monde où leurs voisins respectent leurs frontières, respectent leur droit à exister, acceptant le fait qu’ils sont là pour y rester. Ils voudraient bien parler, régler par la diplomatie les différends et faire de cette région un endroit où il fait bon élever ses enfants.

D’ailleurs plusieurs associations israéliennes unissent palestiniens et israéliens. J’ai écouté l’autre jour sur radio Orient une association qui s’occupe de collecter des fonds afin d’opérer les enfants palestiniens souffrant de malformations cardiaques.
“La Paix maintenant au Moyen-Orient” est un mouvement israélien qui milite pour la paix entre Israël, les pays arabes et les Palestiniens.
L’autre jour à la télé, j’ai assisté à un concert de musique classique dirigé par un maestro israélien qui a rassemblé des musiciens israéliens et arabes (parmi lesquels des palestiniens et des libanais) qui sillonnent le monde pour promouvoir la paix.

Jusqu’à ce jour je n’ai jamais vu, entendu ou lu qu’un seul arabe ou palestinien milite pour la paix avec Israël. On ne sait que manifester pour brandir les affiches de haine, de mort et de "vie à (ce monstre) Nasrallah".

18/ Qui à votre avis est plus criminel ? Votre ennemi qui tue pour se défendre ou votre leader ou ami (Nasrallah) qui tue et qui sacrifie ses compatriotes pour protéger les intérêts des autres (Syrie, Iran) ?

19/ Je ne suis pas pro-américaine ni pro-israélienne, je suis libanaise objective et je voudrai que mon pays et ses enfants puissent VIVRE HEUREUX comme beaucoup d’autres dans le monde civilisé.
Il est vrai, il y a encore beaucoup à faire dans beaucoup de pays mais si nous jetons un regard sur la carte du monde, heureusement,les pays qui vivent en paix sont de loin plus nombreux que ceux qui souffrent.

Beaucoup a été accompli (l’Europe par exemple n’est en paix que depuis 60 ans). Des associations, des organisations, des militants (artistes, sportifs, scientifiques, politiciens... Et des gens comme vous et moi) s’activent afin d’éradiquer la violence et faire régner la paix.

20/ Il faut savoir dire NON. Mais ce n’est pas à ou les USA qu’il faut dire NON, c'est à nos responsables libanais.

Il faut dire NON à Nasrallah et à son Hezb qui ne font que nous mener vers le fanatisme, vers une régression de plusieurs siècles (et encore ! à l’époque le Liban était beaucoup plus civilisé !!!), vers la destruction vantant partout les joies du sacrifice, préférant des jeunes qui se font tuer ou même exploser au lieu de les encourager à vivre, grandir et s’épanouir.

Il faut dire NON à toute personne détenant armes et munitions autre que l’armée libanaise.

Il faut dire NON à toute personne qui travaille pour les autres au lieu de travailler pour le et ses intérêts.

Il faut dire NON à ceux qui refusent de construire un Etat libanais où chacun a des droits et des devoirs comme dans toutes les démocraties du monde.

Je refuse de vivre sous le joug d'une poignée d'exaltés fous furieux qui au nom de Dieu se permettent de décider du sort de tout un pays.

Non, il ne faut surtout pas inculquer la haine à nos enfants. Apprenons-leur l’amour de la paix.
Peut-être que si tous les parents actuels arrivaient à le faire, les générations futures verront-elles un monde meilleur ?



Randa | 14 h 41 | Rubrique : Actualités | Màj : 15/09/06 à 14 h 25

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Vendredi 01 Septembre 2006.

PAX

Création d'un webzine pour la paix

L'atrocité de la guerre et la folie des hommes qui l'ont menée m'ont contraint à créer un nouveau blog destiné aux enfants du Liban et du monde afin de promouvoir la paix et leur suggérer de dire NON à la guerre.

Pax Cliquez sur ce lien pour accéder à mon webzine

Randa | 22 h 47 | Rubrique : Actualités | Màj : 02/09/06 à 01 h 11

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Samedi 29 Juillet 2006.

Ce visage-là

Par Fifi ABOU DIB

Depuis quelques jours, la guerre n’a plus pour moi qu’un seul visage : celui de ce petit garçon brûlé, aux paupières closes. On l’a d’abord vu dans un reportage télévisé, au hasard d’une tournée d’hôpitaux. Il a un frère, moins atteint que lui. Il a une mère en détresse. Rendez-moi mon fils, quelqu’un. Les jours qui ont suivi, on a vu sa photo dans les journaux. Ses joues, son front, ses oreilles, écorchés, la chair à vif, les paupières tuméfiées. Les cheveux coupés de frais, à la brosse, façon marines, étrangement intacts. Était-il fier, en sortant de chez le coiffeur de papa ! avec cette nouvelle tête de petit homme, et ce parfum viril de lavande et d’épices, dont font usage les barbiers de village. « Jouez, disait la mère, mais je défends qu’on marche dans les fleurs et qu’on grimpe aux échelles… »
À quoi jouais-tu, petit garçon, à l’ombre de quelle treille, de quel oranger, en ce Sud rutilant de soleil ? Ou bien filais-tu parmi les champs où brunit le tabac séchant sur son fil, « sobrani » de chez nous, fumette du pauvre dont personne ne veut, pas même ceux qui le cultivent. Mais qu’on s’acharne à faire pousser quand même, parce que le tabac c’est le Sud et que le Sud ne lâche pas sa culture. Aux premières heures du soir, quand l’été avait fini de couler le plomb de la journée, tu avais sans doute refait France-Allemagne avec les enfants du voisinage, et comme tu l’avais gardé, ton but ! Sûr que tu as fait ça. Une journée sans ballon, sans « tackle », sans « rainbow », sans « roulette », sans « volée », à ton âge, est une journée perdue. D’autres diront comment tu t’es retrouvé là, dans ce lit de nulle part, et cette blouse blanche, et ce brouillard devant tes yeux, et ces millions d’insectes qui te dévorent la peau, et cette douleur infinie qui te consume encore, au-delà du feu et par-dessus ta douleur, les sanglots étouffés de ta mère. Tu ne vois rien, mais rien au monde ne t’empêcherait de voir ça.
Tu m’es apparu, une troisième fois, par hasard. Le reporter filmait l’évacuation. Tu étais dans une barque orange. Où t’emmenaient-ils ? Avant ce jour, tu étais déjà trop grand pour te blottir dans le giron de ta mère. Qu’auraient dit les copains ? Mais te voilà couché sur son cœur. Un pan de son voile t’enveloppe et ses deux bras te font un rempart. Tu portes encore la blouse blanche de l’hôpital. Tes cheveux parfumés de lavande pointent leurs jeunes épis vers le ciel dont tu ignores la couleur. Rien encore, derrière tes paupières enflées qu’éclaboussent les embruns.
Trois fois tu m’as déchiré le cœur, toi dont je ne connais même pas le nom. Fallait-il qu’il soit pour toi, l’engin de mort tombé pour tout le monde ou pour personne ? Depuis que ton visage me hante, je t’entoure en pensée de mes bras. Depuis que ta douleur me tourmente, j’invente des baumes et des berceuses que mon silence porte vers toi. Petit garçon du Sud, de ce pays lointain en son propre pays, comment expliquer ton sacrifice ? S’il ne servait qu’à former autour de toi un élan de vie et de paix, alors le Liban aura gagné sa guerre. Où que t’emporte cette barque, pourvu que guérissent tes yeux, alors je pourrai soutenir ton regard.
Je ne t’ai pas vu une quatrième fois. J’ai vu s’éloigner dans les brumes du large la silhouette d’une mère penchée sur son enfant brisé. Piétà.

Fifi ABOU DIB

Randa | 10 h 48 | Rubrique : Pauvre Liban !

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Vendredi 28 Juillet 2006.

Quel changement !

Le 9 Mai 2005 j'avais écrit parlant du Général Michel Aoun de retour au Liban après 15 ans d'exil qu'il était porteur d'un message d'espoir et de changement :

« Je vois sur vos visages et je sens dans vos cœurs l’aspiration au changement, et ce changement viendra, je vous l’assure. » nous a-t-il dit.

Aïe mon Général ! Quel changement !
Le seul changement perçu au Liban a malheureusement été le vôtre, puisqu'après avoir refusé pendant 15 ans tout compromis, vous avez effectué un retournement complet.
Comment avez-vous pu oublier toutes ces années de travail et de détermination afin de réaliser votre rêve d'un nouveau Liban libre et souverain ?

Aujourd'hui 28 Juillet 2006,
où en êtes vous de vos promesses ?
où en est le Liban ?
où en suis-je de mon espoir ?
et qu'en pensent vos dissidents et tous les libanais qui vous ont attendu et cru en vous ?


Randa | 20 h 01 | Rubrique : Pauvre Liban !

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Étoiles jaunes

L'article de Ziyad MAKHOUL


Réfugiée de Yaroun, village chiite, à Rmeich, village maronite, elle dit : « Et pendant qu’on meurt ici, Samir Kantar boit son thé en Israël. » Des phrases comme celles-là, des phrases de (sur)vivants, des phrases suppliques, des phrases de rage, des phrases glacées, des phrases martyres, il y en a beaucoup dans l’admirable reportage de Béatrice Khadige, diffusé par l’AFP. D’une force inouïe, le papier a dû être écrit du cœur de ce village maudit, sinistré, collé à la ligne bleue, un village qui condense(ra) et résume(ra) à lui seul ce que l’aventurisme de Nasrallah et la folie d’Olmert ont réussi, ensemble, à réaliser : des cratères lunaires, des champs de ruines, des terres brûlées, mais sur lesquels réussissent tout de même à pousser, mieux que sur le plus fertile, le plus pacifié des terreaux, d’inestimables trèfles à quatre feuilles : la solidarité entre Libanais, la solidarité entre ceux que le gouvernement israélien entend arracher à leur terre, la solidarité des damnés, chiites, maronites, sunnites, druzes, etc. Rmeich, isolé de tout, de tous ; Rmeich, ce camp concentré de malheurs et de mains chiito-maronites serrées à en être blanchies ; ce Rmeich-là, c’est, à l’échelle, le Liban de l’après-12 juillet. Et à Rmeich, aujourd’hui, il y a près de 25 000 personnes, entassées les unes sur les autres, proscrites, galeuses, oubliées, que le Hezbollah, en allant kidnapper les deux soldats israéliens par cette douce nuit de juillet, a livré aux fureurs et aux plans du gouvernement Olmert. À Rmeich, aujourd’hui, les habitants et les réfugiés maudissent Israël et le Hezbollah.
Vouer le gouvernement de l’État hébreu aux gémonies n’a rien de surprenant : la guerre de juillet aura eu au moins le bon sens de convaincre les derniers irréductibles que les équipes dirigeantes d’Israël, toutes jusqu’à nouvel ordre, ne veulent du Liban que s’il agonise, que s’il se déchire, ou que s’il s’écrase sous la tutelle syrienne. Mais en arriver à maudire le Hezbollah, voilà qui est inquiétant, certes, mais aussi, éminemment malheureux.
Passé du statut de contributeur infatigable et flamboyant à la libération du Liban-Sud, respecté, loué ou vénéré, le parti de Hassan Nasrallah, après le 12 juillet 2006, est désormais la formation politico-militaire la plus controversée au Liban. Pas (seulement) parce qu’elle a gardé son arsenal, une fois que les Nations unies ont annoncé l’application par Israël de la résolution 425 du Conseil de sécurité, et alors que toutes les autres factions avaient abandonné les leurs. Pas parce qu’elle étale, depuis, de cette arrogance que seules les armes peuvent autoriser. Pas parce qu’elle s’est résolument postée aux côtés de Damas après l’assassinat de Rafic Hariri et la fin de l’occupation syrienne – elle n’a pas été la seule... Pas parce qu’elle a le cœur à Téhéran – d’autres l’ont à Ryad, Paris, Washington, Damas ou Berne... Pas parce qu’elle n’a pas confiance en un État fort – elle pourrait, un jour... Pas, enfin, parce que, en prenant une initiative insensée et inconsciente, à l’aube d’une saison touristique hallucinante, dans un contexte qu’elle savait poudrière, en occultant absolument un gouvernement issu d’une majorité ultraréelle, elle a offert le Liban en pâture aux boulimies meurtrières des généraux-bouchers israéliens...
Si le Hezbollah est aujourd’hui critiqué, de dedans, conspué, si un jour des comptes à l’échelle de la nation lui seront demandés, c’est surtout parce qu’il a donné à Israël ce qu’il a toujours voulu avoir sans jamais réussir à l’obtenir ; c’est parce qu’il lui a permis de se doter de l’arme ultime, que d’aucuns pensent souvent pouvoir bafouer mais qui finit toujours par prévaloir, un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre : le droit international. Hassan Nasrallah s’est piégé dans son explication, en annonçant qu’il avait fait kidnapper les deux soldats pour anticiper une attaque israélienne d’envergure contre sa formation. Eût-il attendu qu’Israël démarre cette attaque pour riposter (même, à la limite, sans prendre l’aval de la seule autorité à même de décider de déclencher la guerre : le gouvernement) qu’il se serait blindé, et le Liban avec lui, dans ce droit international, celui-là même avec lequel Israël tente de compenser ce qui lui fait, selon Ze’ev Maoz, professeur de sciences politiques à l’Université de Tel-Aviv, absolument défaut : la morale.
Cette morale qui aurait empêché les dirigeants issus d’un des peuples les plus marqués par l’histoire de faire subir à d’autres ce qui leur a été infligé. Et spontanée ou pas, une déportation reste une déportation. Et ce n’est pas comme cela que l’on repeuplerait l’Irak.

Randa | 19 h 13 | Rubrique : Pauvre Liban ! | Màj : 29/07/06 à 15 h 59

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L’idéologie n’aime pas rire

Par Amine ASSOUAD


Hassan Nasrallah n’a vraisemblablement pas le sens du divertissement. Il ne s’évade jamais ni ne se détourne des pensées sombres qui accompagnent le quotidien tragique d’un résistant. C’est son choix, certes, de faire de la résistance pour la résistance, de s’en servir pour asseoir encore plus l’autorité du Hezbollah au Liban-Sud, mais ce choix n’est guère partagé par l’ensemble des Libanais, par des citoyens qui ne veulent plus vivre dans la tragédie de la guerre, et qui ont choisi de faire prévaloir le bon sens sur l’aventurisme aveugle au nom de toutes les causes arabes. Ils ont préféré le bonheur, l’ouverture sur le monde, la volonté de modernisme et plus que tout, dans leur conquête de la liberté, ils sont soucieux de préserver un des acquis nahdawi du printemps de
Beyrouth, à savoir la liberté d’expression. Ce droit fondamental tellement méprisé sous l’ère syrienne, l’ère de la censure, et pis encore lors de l’autocensure au nom de laquelle on a abandonné à elle seule une partie de l’opposition, est une condition essentielle de l’universalité de la liberté.
Les émeutes de la nuit du 1er au 2 juin dernier ont dévoilé combien est forte la tentation d’une dérive liberticide, au nom de l’idéologie. Sanctionner dans la rue, et par les moyens qu’offrent la rue, un programme télévisé parce qu’il a dépassé les « lignes rouges » à l’égard d’un homme politique (quelle différence avec un homme religieux du moment où celui-ci participe à la chose publique ?) renvoie à l’absurde peint par Brecht dans cette magnifique métaphore : quand « le peuple n’arrive pas à dissoudre le gouvernement, pourquoi empêcherait-on alors le gouvernement de dissoudre le peuple ? » « Dissolvons » alors, comme le préconisait le dramaturge allemand, les populations d’Achrafieh, Aïn el-Remmaneh et Tarik Jdidé parce que l’on n’est pas parvenu à dissoudre le gouvernement. Un gouvernement dont l’autorité brille d’ailleurs par son absence et son incapacité à prendre en main la sécurité des citoyens. Encore fallait-il trouver un prétexte pour donner l’ordre, parce qu’il s’agit bien d’un ordre, d’un mouvement, peut-être pas préparé, mais sûrement encadré, organisé, dirigé par des cadres, sinon des députés du parti, et récupéré par les familiers de la surenchère. On l’a trouvé dans l’émission Basmat Watan.
L’idéologie stigmatise l’ennemi : traître est celui qui réclame le désarmement des milices et le rétablissement de l’État de droit. L’idéologie fixe les « lignes rouges » à ne pas dépasser, mais nul ne sait en quoi elles consistent, où elles s’arrêtent et où elles commencent. Un peu comme lorsqu’on emprisonne à Damas parce que l’on « a porté atteinte au moral de la nation ». Qui mesure le moral de la résistance ? Qui différencie le politique du religieux chez Hassan Nasrallah ? Seule l’idéologie le dit, et elle se sert de la rue pour le faire savoir. L’idéologie a aussi ses outils de relais, pour la police et la propagande. Elle les a trouvés dans la Sûreté générale, qui se substitue au juge d’instruction, à la justice tout court, et dans le Conseil national de l’audiovisuel, simple organe administratif, qui s’est érigé, par la voix de son président Abdel-Hadi Mahfouz, en un véritable justicier, avec une certaine prétention à la totalité et à la vérité, qui cherche à imposer l’idéologie à tout le monde, en l’occurrence à Charbel Khalil dont les actes ne peuvent que représenter le détachement, l’incroyance et la descente vers l’hérésie. L’idéologie a aussi ses mythes, une gestuelle caractéristique, des images emblématiques, un jeu de drapeaux, de symboles, de couleurs, un langage automatique, des idiomes propres à elle, un culte de l’être suprême, et nul ne peut y toucher, pas même par le rire. C’est encore plus hérétique, plus dangereux par le rire. En introduisant l’humour dans la politique, on efface en quelque sorte le caractère tragique de l’idéologie. Demain on interdirait la bicyclette parce qu’elle n’est pas assez tragique, le jus d’orange parce qu’il rafraîchit, et les chaussures parce qu’il faut porter des bottes. Des bottes toujours prêtes aux victoires de l’idéologie, toujours prêtes aux guerres idéologiques, au « choc des civilisations », prêtes à marcher sur l’ennemi, où qu’il se trouve, à Tarik Jdidé, Achrafieh ou Aïn el-Remmaneh. Si l’ennemi n’existe pas, on le construit socialement. On le cherche, on finira toujours par trouver quelqu’un. Là commence la terrible vocation à vouloir former un tout, à faire de cette construction de la réalité un tout auquel nul ne peut échapper, sinon par l’exil ou le suicide. Là commence la tentation du totalitarisme, à chercher des ennemis partout, même parmi les amis, en les qualifiant de traîtres, de dissidents ou d’hérétiques, et à se lancer dans un perpétuel mouvement de production d’ennemis.
Loin des compromis qu’impose la tradition politique libanaise, avec ses marchandages et ses arrangements, faudrait-il rappeler notre devoir de révolte et notre refus de toute demi-mesure lorsqu’il s’agit de défendre la liberté d’expression au Liban. Seul le droit en fixe les modalités d’exercice. Rien n’est sacré, et tout peut se dire, dans la mesure où l’opinion ne sombre pas dans la diffamation. Cela, seul le droit peut le différencier. Pas Hassan Nasrallah, ni ses hordes dans la rue ni Abdel-Hadi Mahfouz. On n’éradiquera jamais la bêtise et l’ignominie que le jour où l’on saura qu’il est des principes comme la liberté d’expression qui ne peuvent s’accommoder de tiédeur.

Randa | 19 h 13 | Rubrique : Pauvre Liban !

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La vraie dignité

L'article de Michel HAJJI GEORGIOU


La guerre entre Israël et le Hezbollah entre dans sa deuxième quinzaine, et elle n’est apparemment pas près de finir, s’il faut en croire les deux « sociétés guerrières » (Israël et le Hezbollah) qui ont décidé, chacune de son côté, que cet affrontement était pour elles une question « de vie ou de mort ». Cela n’est d’ailleurs guère étonnant, tant la pulsion de mort semble habiter les discours des deux belligérants et, surtout, leurs actes. À force de conspuer l’autre, de le haïr, de le vouer aux gémonies, on finit par lui ressembler. Le processus d’identification est poussé à son paroxysme, et la rencontre impossible entre deux adversaires que tout devrait en principe opposer devient de l’ordre du réel, se fait dans le don affreux, aux civils, de la mort et de la destruction. On finit par en perdre son humanité, en retirant aux autres leur droit à la vie.
Non, il ne s’agit pas là de morale flower power, obsolète et facile. Le droit à la vie, c’est supposé être, depuis une certaine déclaration de 1948, depuis la condamnation unanime de la violence inhumaine de 1939-1945, l’essence du politique. Mais le problème continuera à subsister tant que le respect des droits de l’homme, des libertés publiques et de la véritable dignité humaine ne deviendra pas l’objet principal des politiques publiques au Liban.
D’ailleurs, le problème est d’ordre culturel, et s’exprime dans le champ du lexical. Mais de quelle « dignité » Hassan Nasrallah parle-t-il dans ses discours ? Celle des habitants du Liban-Sud, qui n’ont plus comme maison, sinon comme village, qu’un vaste champ de ruines, pris au piège comme des bêtes, sans eau, cibles privilégiées des obus d’Israël ? Celle des réfugiés, totalement déracinés, entassés dans des écoles et autres bâtiments publics, qui n’ont pratiquement plus rien comme biens ? Celle des petits enfants vivant, chaque nuit, dans l’angoisse générée par le vrombissement des chasseurs israéliens, par les déflagrations des missiles, par le cri effroyable du béton soufflé en quelques secondes ? Celle des exilés, qui ont définitivement renoncé à l’espérance dans un pays damné ? Quelle dignité ? Celle de tout un peuple qui va à grands pas vers l’abîme ?
Israël n’est pas le propos de cet article. L’on peut continuer à faire à l’État hébreu toutes sortes de reproches et d’accusations, en usant de l’ensemble du lexique de la folie meurtrière, de la destruction, du chaos, en évoquant la répression systématique du peuple palestinien, ou encore en rappelant le fameux passage biblique du Livre d’Habaquq et du sang qui retombera sur la tête de ceux qui font du mal au Liban. Tout cela est amplement vrai et fondé.
Cependant, si Israël est un problème pour les Arabes, si Israël est aussi devenu « le » problème des Arabes, ce n’est pas seulement en raison de son énorme capacité de nuisance, de ses massacres à l’encontre du peuple palestinien et de ses velléités hégémoniques sur l’ensemble de la région. C’est aussi parce qu’Israël est devenu le complexe des masses arabes. C’est parce qu’Israël est devenu le principal prétexte de mobilisation des idéologies néofascistes, islamistes et nationalistes arabes, et que toute cette haine, au lieu d’être reconvertie dans un projet constructif culturel, politique et économique de renaissance – seul capable d’entamer l’hyperpuissance régionale de l’État hébreu –, sert à idéologiser les masses jusqu’à l’abrutissement, à les maintenir dans l’ignorance, à permettre aux régimes et aux partis fondés sur le culte de la personnalité de les contrôler comme des marionnettes. C’est enfin parce qu’Israël est devenu « l’épouvantail » des régimes arabes, l’épouvantail qui permet à ces régimes de couvrir leurs innombrables crimes contre leurs peuples, et qui leur permet de se légitimer sans cesse lorsque leur autorité est remise en question. Israël pratique le terrorisme d’État ? Qu’à cela ne tienne, le terrorisme d’État est loin d’être, dans le monde arabe, l’apanage d’Israël. Et c’est peut-être là que réside le grand malheur.
Il est d’ailleurs question, depuis toujours, de « créer les conditions de la confrontation » avec Israël, de permettre – pour en revenir au seul Liban – de se défendre contre le « modèle israélien monolithique » qui « en veut à la société » libanaise, « modèle de pluralisme et de diversité ». Fort bien. Ce n’est toutefois pas en revenant au statu quo qui prévalait avant le 12 juillet que l’on réussira à le faire. Ce n’est pas en répétant à l’infini ces journées de dupes que constituent, depuis des mois, les séances du dialogue national, que l’on pourra créer un projet de société capable de faire face à tous les périls, qu’ils soient israéliens ou autres. Ce n’est pas non plus en admettant un retour à cette fameuse « stratégie de dissuasion » unilatérale, à travers laquelle le Hezbollah justifiait sa position de force sur l’échiquier interne, et qui s’est avérée être un échec retentissant compte tenu de l’ampleur de la tragédie qui se déroule en ce moment sous nos yeux – et dont nous sommes les acteurs principaux.
« Il est fort probable que le Liban, tel que nous l’avons connu avant le 12 juillet 2006, soit définitivement mort et enterré. » Cette phrase est celle d’un éminent constitutionnaliste, Jean Salem, qui n’a cessé, au fil des années, par devoir d’honnêteté et de transparence, de remettre en question les failles du système politique libanais, tant sous l’occupation syrienne qu’après la révolution du Cèdre. Si effectivement un nouveau Liban doit émerger quand se refermeront les portes de l’enfer, le tout est de savoir ce que nous voulons. Nous avons déjà péché par omission après le 14 Mars, et cela nous a menés droit vers un rapt collectif et une guerre destructrice. D’ores et déjà, si nouveau Liban il doit y avoir – et il ne saurait en être autrement –, il doit s’atteler à « ramener le Hezbollah à la raison, c’est-à-dire à l’intérieur du consensus interlibanais », pour reprendre l’expression du sociologue Joseph Maïla. Un Hezbollah ayant tiré objectivement – il suffit pour cela de faire une fois le trajet entre Bint Jbeil et Haret Hreik – les leçons de son expérience en solo, et ayant compris qu’il n’a d’autre avenir que désarmé, au sein d’un État libanais fort, souverain et indépendant.
Si nouveau Liban il doit y avoir, c’est indubitablement loin de toute aspiration au martyre collectif, dans un projet « évolutionnaire », en rupture totale avec tous les cauchemars du passé. Un projet de civilisation, de modernité, de vie, conduit par l’opinion publique et la société civile qui ont façonné, chaque jour, durant plusieurs mois, le Printemps de Beyrouth, pour nous débarrasser de la tutelle syrienne.
Un projet de dignité ; la vraie, cette fois.

Randa | 19 h 12 | Rubrique : Pauvre Liban !

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